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Rencontre avec Marielle Barbe, épisode I : vision du monde du travail, métier idéal, épanouissement personnel…

marielle

Rencontrée lors d’un salon de l’emploi, l’Emploi Store a interviewé la slasheuse Marielle Barbe.
Véritable autodidacte, tout au long de sa carrière professionnelle, elle a eu différentes missions et fonctions. Elle est à l’origine du livre « Profession Slasheur ».
Après 2 heures d’échanges sur son parcours et sa vision de cette nouvelle activité de « Slasheur », voici la première partie de l’interview.

Un contenu tellement riche, qu’il était impossible de raccourcir l’article… Voici donc l’épisode 1

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Tout d’abord, qu’est-ce que « Slasheur » ?

Ce terme provient du mot anglais « slash » qui fait référence à la touche du clavier, le fameux « / » ce qui signifie « et/ou ».
Dans le contexte de l’emploi, un slasheur est un multi-entrepreneur qui possède et revendique plusieurs identités dans sa vie professionnelle (Source Wikipédia).

Marielle, peux-tu te présenter ?

Tout d’abord, j’ai un parcours atypique ! Je n’ai pas eu mon bac scientifique, je l’ai raté deux fois, je n’avais pas le profil. Avec le recul, cet échec a été la chance de ma vie car j’ai décidé d’aller travailler pour m’assumer financièrement.
Je me suis rendu compte que j’adorais apprendre en travaillant. Autodidacte, j’ai commencé à explorer mon potentiel d’activité et ce que je voulais vraiment faire.
Je le dis car je me rends compte que cela aide certaines personnes à accepter qu’on peut avoir à la fois un parcours atypique, d’autodidacte tout en réussissant des projets qui nous servent dans notre vie professionnelle.
Mon parcours professionnel a été une suite d’opportunités, construites par séquence. J’ai exploré différents domaines :

  • actions culturelles, musique, théâtre
  • radio, communication, TV, écologie
  • développement personnel
  • création de mon agence de communication autour de l’écologie

J’ai eu une multitude de jobs et monté différents projets à la fois. Chaque projet nourrissait un autre, ils étaient tous liés !

La diversité est une notion importante pour toi : comment savoir s’il faut se diversifier ou contraire se spécialiser ?

Plusieurs fois, je me suis dit que je devais me spécialiser dans un domaine, « devenir experte ». Je me disais « allez choisis une expertise, spécialise-toi là-dedans » mais au bout d’un moment, je m’ennuyais car il me manquait de la créativité. Peut-être est-ce dû à une forme de travail qu’on a souvent normée ? Dans le monde du travail, on a tendance à mettre en avant souvent l’intellect, il y a d’autres formes d’intelligence comme l’intelligence interpersonnelle ou musicale.

Les 9 intelligences selon Howard Gardner
Les 9 intelligences selon Howard Gardner

Tu as eu plusieurs jobs, avec le recul crois-tu à un métier idéal ?

A vrai dire, j’espérais un jour avoir la révélation d’une vocation ! Dans notre culture, on se dit « un jour je trouverai ma vocation ». Je suis convaincue que chacun d’entre nous peut trouver à sa place, comme le dit Ken Robinson “être dans son élément”. En tant que slasheuse, je pense que notre élément peut provenir de la conjugaison de plusieurs éléments. Chacun doit trouver les siens. On ne veut pas tous être comédien ou médecin, ce n’est pas vrai ! Il faut juste trouver ce qui nous épanouit.

Des conseils à donner justement pour s’épanouir dans ses missions ?

Alors le conseil, c’est toujours, le “Connais-toi toi-même” cher à Socrate. De découvrir sa “raison d’être”, “son élément”. Une fois que nous l’avons identifiée, nous pouvons nous demander si les missions que l’on nous propose nourrissent notre curiosité, notre enthousiasme et répondent à cette raison d’être. Et surtout ne pas oublier de nous demander si nous avons du plaisir à faire ce que nous faisons. Il ne suffit pas d’être compétent pour s’épanouir : même si nous sommes ultra compétents dans un domaine si nous ne nous amusons plus, nous serons bien moins motivés et donc efficaces.

Tu parles de “la conjugaison de plusieurs éléments, de ces expérimentations qui permettent d’évoluer”. C’est d’autant plus vrai dans un marché de l’emploi en pleine évolution, non ?

Oui. D’après une étude, 85% des emplois de 2030 n’existent pas aujourd’hui. [NB : rapport de Dell et «l’Institut pour le Futur»]. De plus en plus de diplômés arrivent en entreprise en imaginant « travailler dans une belle entreprise qui sera une belle référence pour la suite de leur carrière ». Mais très vite, ils comprennent qu’ils ont besoin de davantage de sens dans leur travail et ils se questionnent sur leur voie professionnelle, se réorientent parfois vers les métiers de l’artisanat ou sociaux.

Certains vivent la reconversion comme une bouffée d’oxygène, un changement de vie radical. En réalité, on ne change pas de vie, on change de projet professionnel un moment.

C’est également en lien avec l’impact des nouvelles technologies sur les métiers : cette évolution passe-t-elle également par un changement de mentalité ?

On attribue souvent l’évolution des mentalités aux nouvelles générations (millennials, génération Y…). Ils font changer la norme et la relation au travail,  à la liberté. Ils ont de nouvelles aspirations, privilégient l’équilibre entre le personnel et le professionnel, la quête de sens et de valeur commune avec leur entreprise.
En vérité, les générations précédentes se posent également ces questions. Cette évolution est en train de prendre de l’ampleur dans les esprits, il y a comme un mouvement qui monte subtilement. Ces changements redessinent les cartes au niveau sociologique : aujourd’hui la question à se poser est « comment vais-je évoluer ? ».

On évolue tout au long de sa vie : cela devrait être le postulat de départ de sa carrière pro, non ?

Pendant longtemps, le modèle de travail était « choisis une voie comme une autoroute et gravis les échelons pour construire une carrière » mais ce n’est plus forcément le plus sécurisant au final.
Dans un monde qui va de plus en plus vite et qui est de plus en plus fragmenté, on évolue professionnellement à chaque instant.

Une image pour illustrer l’évolution professionnelle ?

C’est comme traverser une rivière : on met un pied sur la première pierre pour ne pas être mouillé, on se sécurise et on repère les pierres suivantes.
Chaque pierre amène à une étape suivante. Parfois, nous sommes obligés de nous poser sur une pierre, il faut attendre que le courant baisse un peu ou remonte… Et parfois il vaut mieux prendre un petit chemin de traverse pour être sûr de ne pas tomber dans la cascade. Chaque bifurcation, chaque petite boucle ou arrêt permet de découvrir de nouvelles choses, de s’enrichir de comprendre comment nous fonctionnons.

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Deux services Emploi Store en lien avec l’interview :

J’ai pas le profil : un service dédié aux profils autodidactes, en reconversion ou sans diplôme votre profil
Tester votre profil professionnel : un quiz pour découvrir votre personnalité et développer votre potentiel

Suite de l’interview, l’ épisode II la semaine prochaine :=)

river